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FR - L’Appel du large : Comprendre les orques, avec Guillaume Meurice

«Je suis fasciné par les orques, car elles sont pleines de mystères.» Ce n’est pas exactement la phrase d’ouverture à laquelle on s’attendrait de la part de Guillaume Meurice lors d’une interview. Laissant de côté la satire politique pour un (petit) moment, nous avons commencé notre interview, donnant immédiatement le ton d’une discussion autour de l’une de ses passions les plus chères : son admiration pour les orques.


S’il est encore nécessaire de le présenter: Guillaume Meurice est un humoriste de 44 ans, animateur de “La Dernière” sur Radio Nova et auteur de plusieurs essais et romans. Il est également un ardent défenseur de la cause animale. C’est sur ce sujet que je l’ai interrogé, suite à la parution de son nouveau roman intitulé “S’entendre”, aux éditions Les Arènes (mars 2026). En prenant le texte comme point de départ de notre échange, nous avons questionné notre rapport, en tant qu’êtres humains, à ces animaux encore largement méconnus et souvent entourés de nombreux préjugés. 


«Et si comprendre les orques pouvait nous aider à mieux nous comprendre nous-mêmes ?»


Je dois avouer qu’avant de lire ce roman, je ne connaissais pas grand-chose aux orques. Mais dans ce livre, Guillaume parvient à mêler pédagogie et narration dans un récit captivant. «Au départ, je voulais faire un livre d’entretiens avec des spécialistes des orques et de la vie marine. Mais j’ai trouvé plus intéressant, pour les lecteurs, d’en faire une histoire», explique-t-il. Il poursuit en expliquant qu’il a découvert que les orques et les humains ont beaucoup en commun, par exemple les orques, elles aussi, communiquent entre elles. «Les scientifiques savent que les orques utilisent un langage pour communiquer, mais nous ne savons pas encore le comprendre. Cela apporte beaucoup de mystère et c’est ce qui me fascine chez ces animaux. Je me demande parfois ce qu’elles pourraient dire des humains !» ajoute-t-il en riant.


Elles communiquent par écholocalisation, en émettant des sons et en utilisant les échos pour évaluer la distance et la taille des obstacles autour d’elles. Pour ce roman, Guillaume a interrogé des bioacousticiens, spécialistes situés au croisement de la biologie et de la science des sons. «C’est vraiment passionnant de comprendre comment cela fonctionne, et de constater que, comme nous, les orques peuvent avoir des difficultés à communiquer malgré l’existence de leur propre langage.» En faisant quelques recherches pour cet article, j’ai aussi appris que les orques possèdent leurs propres dialectes, transmis de génération en génération au sein de chaque groupe. Guillaume établit souvent des parallèles entre les dialogues humains et la manière dont les animaux communiquent. «Nous avons déjà du mal à communiquer entre humains, alors je ne pense pas que nous allons comprendre le langage des orques de sitôt !» Cette question centrale se reflète dans le titre du roman, “S’entendre”, qui peut signifier à la fois bien s’entendre, s’écouter et se comprendre.


Le thème du langage est donc central, incarné par le personnage principal, Roxane, qui rencontre des difficultés à partager ses émotions et à contrôler sa colère. La jeune femme fait souvent face à des débordements émotionnels et à un sentiment d’impuissance. Interrogé sur le fait de savoir s’il partage ces sentiments, Guillaume répond qu’il partage la colère du personnage, mais pas son impuissance. «J’écris, et j’agis pour avoir le sentiment de participer à la lutte contre le changement climatique. Il y a un vrai sentiment d’accomplissement quand on trouve sa place dans la défense de l’environnement. Rien que mettre ce sujet en avant est déjà une réussite, car peu de gens connaissent réellement les orques.»


«Savais-tu que les orques sont féministes ?»


Guillaume a également évoqué un autre point commun entre les orques et les humains : leur sociabilité. Comme les dauphins et d’autres animaux marins, les orques chassent en groupe, vivent ensemble et se répartissent les rôles. De la même manière que les humains ne peuvent pas vivre complètement seuls, les orques doivent vivre en groupe pour leur sécurité et pour se protéger mutuellement. En évoquant cet aspect de leur vie, Guillaume souligne un élément intéressant : «Savais-tu que les orques sont féministes ? Les groupes d’orques sont des matriarcats !» Sur ce point, on peut dire qu’il existe encore quelques différences entre humains et orques…



“Les orques ne sont pas une menace pour les hommes.”


Avec ce roman, Guillaume souhaite aussi déconstruire certains préjugés sur notre relation à ces animaux. L’un d’eux consiste à croire que les orques sont dangereuses pour les humains. «Dans l’esprit de beaucoup de gens, les orques représentent une menace», explique-t-il. Et cela apparaît aussi dans le roman, où les orques sont tenues pour responsables de la mort d’un scientifique à Tarifa, en Espagne. «Mais la réalité montre que c’est faux ! Les orques n’ont jamais tué d’humains dans la nature, et elles ne représentent pas une menace pour nous. Ce sont des animaux sociaux qui jouent beaucoup, mais ne sont pas dangereux pour les êtres humains.» On retrouve ce préjugé dans la manière même dont on les nomme. En anglais, le terme courant est “killer whale” (« baleine tueuse »). Rien que dans cette expression, on constate que ces animaux sont représentés de manière péjorative dans l’imaginaire collectif. «Je veux vraiment montrer que ces animaux n’attaquent pas les humains dans la nature », conclut-il.


Il explique que cette peur des orques peut venir du manque de connaissances du public, mais aussi de l’appréhension suscitée par leur apparence. Les orques peuvent peser jusqu’à huit tonnes et se trouvent au sommet de la chaîne alimentaire. «Elles peuvent même manger des requins !» dit-il avec une forme d’admiration. Les orques utilisent même différentes techniques de chasse selon leur habitat. Certaines se nourrissent de poisson, comme du hareng ou du saumon, tandis que d’autres se nourrissent de mammifères comme des phoques, des lions de mer, voire des baleines. En moyenne, une orque mange environ 225 kilos de nourriture par jour.


Guillaume a lui-même montré qu’il est possible d’observer des orques sans être attaqué en se rendant en Norvège en 2025. «C’était une sensation incroyable de les observer dans leur habitat naturel, mais plus encore d’être observé par elles», raconte-t-il avec une passion encore vibrante. «Je suis allé en Norvège avec des amis plongeurs professionnels, scientifiques et photographes animaliers. Cette expérience a été fantastique pour nous tous, riche en émotions et en enseignements.» Selon lui, ce fut une très belle manière d’observer cette question de la communication entre les animaux et les humains. «C’est dans ces conditions-là que le titre du roman prend tout son sens.»


Guillaume en plongée pour observer les orques


«Il est temps de mettre fin à la captivité des orques.»


Vous vous demandez peut-être, en lisant cet article, comment Guillaume a développé un tel intérêt pour les orques. J’étais certainement la 500e personne à lui poser la question, mais comme toujours avec Guillaume, il y a répondu avec beaucoup de simplicité et d’enthousiasme. «Eh bien, tout a commencé quand j’ai vu le film Blackfish», commence-t-il. Sorti en 2013, ce documentaire raconte la vie de Tilikum, une orque capturée en Islande puis maintenue en captivité au parc SeaWorld, à Orlando, en Floride. Cet animal fut impliqué dans la mort de trois personnes, dont deux soigneurs du parc. «Les seules fois où une orque a été impliquée dans la mort d’humains, cela concernait des animaux captifs. C’est dévastateur pour ces animaux, condamnés à vivre dans un bassin et exhibés comme des attractions», regrette-t-il. Après avoir vu ce film, beaucoup de questions lui sont venues à l’esprit. «Cela a vraiment éveillé mon attention et ma curiosité.»


Aujourd’hui, en France, à la suite d’une loi adoptée en 2021, les delphinariums et autres parcs ne sont plus autorisés à proposer des spectacles avec des animaux aquatiques. Toutefois, certaines anciennes structures continuent de garder des orques et d’autres animaux captifs en attendant leur relocalisation. «Malheureusement, il est impossible de relâcher des orques captives dans la nature, car elles n’ont jamais grandi dans leur habitat naturel. Elles ne savent pas chasser, vivre en groupe ni se défendre», explique Guillaume. Depuis la fermeture du Marineland d’Antibes, près de Marseille, en janvier 2025, deux orques vivent encore dans un bassin. Wikie et Keijo restent en captivité dans l’attente d’un éventuel transfert en Espagne. 


La protection des orques s’inscrit dans une dynamique internationale remettant en cause l’utilisation des cétacés dans les parcs marins, de la France à l’Espagne, aux États-Unis et au-delà. Sur un ton plus léger, il ajoute : «Je pense que beaucoup de gens ont entendu parler de la captivité grâce au film “Sauvez Willy !” dans les années 1990.» Puis, plus sérieusement : «Je pense que depuis, nous avons progressé sur la question de la captivité animale, mais ce n’est toujours pas suffisant. Il est difficile de croire que des animaux sont encore enfermés aujourd’hui, surtout quand on sait à quel point ils sont intelligents et tout ce qu’ils peuvent nous apprendre.»

«Défendre les orques fait partie d’un combat plus large.»


Guillaume est aussi connu pour son engagement contre la surpêche. «Ces questions sont assez proches, explique-t-il, car les orques sont ciblées par les pêcheurs, puisqu’elles représentent une concurrence directe pour l’accès aux ressources halieutiques.» 


Cet engagement s’est traduit dernièrement par la publication du premier tome de la BD “Loumi” (Guillaume Meurice, Loic Senan, Cyril Jegou, aux éditions Delcourt, 2025), dans lequel figure notamment Claire Nouvian, de l’ONG Bloom. Guillaume précise: «Je ne suis ni scientifique ni militant de terrain au sein d’une ONG, et je respecte énormément toutes les personnes qui font cela, car leur action est essentielle. Mais je trouve que faire connaître ces enjeux et sensibiliser les gens est aussi très important.» 


En dehors de ses activités d’humoriste, d’auteur et d’animateur radio, Guillaume est le parrain de l’ONG “C’est Assez !”, qui agit notamment pour la fermeture des delphinariums et contre la captivité des orques. «Globalement, j’essaie de faire des choses qui m’amusent. C’est la meilleure manière de faire des choses utiles et de toucher le plus grand nombre », conclut-il.


«Ce livre est une chance de faire connaître cet enjeu.»


Au cours de notre échange, j’ai réellement ressenti la passion qui anime Guillaume Meurice, et son envie de partager son engagement avec le public le plus large possible.


Merci beaucoup, Guillaume, pour ta disponibilité, ta sympathie et ton temps accordé à un journal étudiant néerlandais. 


Photo: © Les Arènes 


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